PLAIDOYER – 
LA CULTURE EN PRISON

ÉTAT DES LIEUX

Le droit à la culture est un droit humain fondamental, protégé par plusieurs textes internationaux ratifiés par la Belgique (art. 6 PIDESC par exemple). Le droit international de la privation de liberté exprime que les personnes privées de liberté ne doivent subir aucune restriction dans leurs autres droits, autres que celles imposées par la privation de liberté (RPE, règle 2). En Belgique, c’est la loi de principes concernant l’administration des établissements pénitentiaires ainsi que le statut juridique des détenu·e·s qui exprime ce principe, en son sixième article. Cet article, soutenu par une liste importante d’autres dispositions, a d’ailleurs fondé l’adoption d’un protocole entre le SPF Justice et le Ministère de la Communauté française.

Cependant, la mise en place d’activités culturelles en prison s’avère assez complexe. D’après les témoignages de personnes acteur·rice·s du milieu carcéral, plusieurs projets d’ateliers ont déjà lieu au sein de différentes prisons, mais les freins auxquels ils font face quotidiennement ne garantissent pas leur maintien.

Au-delà du manque de financement assez conséquent, le manque d’encadrement des intervenant·e·s et animateur·rice·s de ces activités culturelles pose un problème, car iels ne sont pas bien informé·e·s en début d’atelier de ce qui est possible ou non au sein de la prison (les thématiques à aborder, l’interdiction de certains types de matériel…).

L’organisation est également fragile : cela peut être difficile d’intervenir en milieu carcéral si les intervenant·e·s culturel·le·s n’ont pas la confiance de la direction. De plus, les règlements internes varient d’une prison à l’autre, tous·tes les détenu·e·s ne sont pas toujours bénéficiaires de l’accès à cette culture. Le personnel pénitentiaire peut aussi être un frein à la mise en place des activités selon leur volonté, les grèves, ou parfois en soutenant la logique punitive de la prison qui voit la culture comme un privilège et qui refuse que les détenu·e·s en méritent son accès. La communication au sein de la prison est également un obstacle à la culture et ces ateliers, les détenu·e·s ne sont pas toujours bien informé·e·s sur le programme des activités, ou ne sont pas sorti·e·s pour y participer.

Concernant la logistique, certain·e·s, ainsi que les intervenant·e·s culturel·le·s, affirment que les locaux sont inadaptés et que le manque d’espace et de structures plonge les ateliers dans des conditions défavorables. Leur durée limitée et les transferts soudains frustrent également les échanges.  Nous pourrions encore citer bien d’autres freins, mais ceux cités résument bien la situation : la culture en prison va mal.

REVENDICATIONS

Au vu des bénéfices rapportés et établis par de nombreuses études, qui impactent l’ensemble du système carcéral, nous demandons :

E

Des précisions dans le cadre légal qui garantissent l’accès à la culture via l’obligation de proposer des ateliers aux personnes privées de liberté. Ces précisions ne doivent plus laisser de place à l’appréciation des directions d’établissement et du personnel pénitentiaire. Pour rappel, la loi de principes est la seule à recommander un accès culturel aux détenu.e.s mais est insuffisante. La tenue des ateliers dépend surtout d’autres facteurs comme les différents règlements intérieurs. Ceux-ci devraient intégrer la culture car il est essentiel qu’elle soit reconnue dans les missions officielles de chaque établissement.

E

Des moyens adéquats pour créer et maintenir ces accès culturels, via des financements suffisants et des structures adéquates (matériel, locaux, temps et pérennité des activités). L’accompagnement dans les procédures pour les intervenant·e·s culturel·le·s doit aussi être amélioré : communication, information, démarches administratives, confiance.

E

De la sensibilisation du personnel et des directions d’établissement, mais aussi des personnes privées de liberté, aux bienfaits de ces accès culturels, afin que chacun·e comprenne leur importance au niveau de la paix sociale de l’institution, du bien-être des détenu·e·s et de leur réinsertion. Cela permettrait de minimiser les obstacles rencontrés pour les ateliers et par leurs animateur·ice·s.

E

Une meilleure information pour les personnes incarcérées de leurs droits culturels et de ce qui leur est proposé dans leur établissement. Une meilleure diffusion doit être rendue possible. Ainsi que l’absence de conséquence sur leur travail au sein de la prison. Il arrive souvent que des personnes doivent choisir de perdre leur poste, dont les places sont déjà limitées, pour se rendre aux ateliers.

E

Un accès équitable pour tous·tes les détenu·e·s qui ne soit pas entravé par des barrières arbitraires, comme la langue ou l’intérêt prédominant pour les ateliers. Rappelons par ailleurs que la culture n’a pas de langue et que les activités peuvent être proposées au-delà du français et du néerlandais des organismes de chaque région. Une langue commune n’est pas toujours nécessaire pour bénéficier des bienfaits. Cette discrimination et les autres ne doivent plus représenter un frein.

Aujourd’hui, la culture en prison est fragilisée et inégale. Il est donc impératif qu’elle puisse évoluer dans un cadre stable, clair et durable.

Cette pétition s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’un climat politique où la culture est de plus en plus fragilisée, en particulier pour les publics précarisés. Les personnes détenues, déjà parmi les plus vulnérables, sont en première ligne. Soutenir la culture en détention, c’est lutter contre ces inégalités, préserver l’humanité au cœur de l’institution carcérale et contribuer à une réinsertion plus juste.

BIENFAITS CONSTATÉS DE LA CULTURE EN PRISON

La prison doit priver de liberté, pas de l’humanité, de la citoyenneté, de la dignité ou des droits des personnes détenues. L’intervention culturelle répond à cet enjeu en soutenant l’expression, le lien social et la réinsertion.

Expression et réhumanisation

Les ateliers culturels offrent un espace pour apaiser les tensions, exprimer des émotions et reconstruire son identité. Ils permettent de se penser autrement qu’à travers l’infraction et rappellent que les personnes détenues restent des citoyen·ne·s exerçant leurs droits, malgré l’enfermement.

Appartenance sociale, cohésion et stabilité collective

L’individu ne cesse pas d’appartenir à la société lorsqu’il est incarcéré. Les activités culturelles renforcent le sentiment d’inclusion, créent du lien et favorisent des relations apaisées entre détenus et personnel. Elles soutiennent la cohésion sociale et rappellent, comme l’affirme l’article 27, que chacun a sa place dans le tissu collectif.

Réinsertion : compétences et capacités développées

L’intervention culturelle développe également des compétences utiles et transférables comme l’autonomie, la capacité d’initiative ou encore des savoir-faire mobilisables dans d’autres sphères de la vie. Au-delà de compétences artistiques, elle donne des repères et des outils concrets pour envisager l’avenir et facilite une réintégration sociale plus stable.

Garantir l’accès aux ateliers artistiques en prison n’est pas un privilège mais un droit fondamental. C’est reconnaître l’humanité et la citoyenneté des personnes détenues. Ces espaces favorisent l’expression, renforcent le lien social et soutiennent la préparation à la réinsertion. Ils participent, tout simplement, au respect des droits humains.

CONCLUSION

Malgré une recommandation légale d’accès aux activités culturelles en prison mentionnée dans la loi, la réalité du terrain montre un système complexe et inégal qui ne permet pas une mise en place fluide de ces ateliers. Les obstacles rencontrés, notamment le manque de financement, les politiques internes, ou encore le manque de sensibilisation du personnel et des directions, complexifient l’organisation et la portée des initiatives culturelles. Dès lors, des solutions doivent être mises en place.

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